Snisilife
CHAPITRE 27 – L’apprentissage commence

J’aime ça :

CHAPITRE 27 – L’apprentissage commence

Jour 20 - 20 octobre - Première leçon : apprendre, c'est d'abord désapprendre.

Maya se réveilla dans un lit qu'elle ne reconnaissait pas, dans une chambre baignée d'une lumière dorée et chaude.

Puis les souvenirs revinrent. Le Sanctuaire. Erasmus. Le début de leur formation.

Elle s'étira et regarda autour d'elle. La chambre était simple mais confortable, avec des murs couverts de tapisseries représentant des scènes de magie ancienne. Une grande fenêtre donnait sur un jardin où poussaient des plantes qu'elle n'avait jamais vues.

On frappa doucement à sa porte.

"Maya ? Tu es réveillée ?"

C'était Elias. Elle lui ouvrit et le trouva déjà habillé, les yeux brillants d'excitation.

"Il faut qu'on aille voir grand-mère ! Sa chambre, elle est incroyable !"

Ils traversèrent un couloir orné de portraits de magiciens de toutes les époques et frappèrent à la porte de Moira.

"Entrez !"

Leur grand-mère était debout devant sa fenêtre, mais elle avait l'air... différente. Plus droite, plus énergique. Comme si l'atmosphère magique du Sanctuaire la revitalisait.

"Vous avez bien dormi ?"

"Oui, mais Elias dit que ta chambre..."

"Regardez."

Moira leur montra sa fenêtre. Au lieu du jardin qu'on voyait depuis la chambre de Maya, elle donnait sur une bibliothèque immense, avec des étagères qui montaient si haut qu'on n'en voyait pas le sommet.

"Chaque chambre du Sanctuaire montre ce dont son occupant a le plus besoin", expliqua-t-elle. "Toi, Maya, tu as besoin de nature et de croissance. Elias..."

Ils allèrent voir la chambre du petit garçon. Sa fenêtre donnait sur une cour où s'entraînaient des enfants de tous âges, pratiquant différents types de magie.

"Il a besoin de compagnie et d'émulation", conclut Moira.

"Et toi ?"

"Moi, j'ai besoin de savoir. Après toutes ces années à ne connaître que les fragments de grimoires que Céleste avait pu me laisser..."

Un coup discret à la porte interrompit leur conversation.

"Bonjour", dit Erasmus en passant la tête. "Prêts pour votre première leçon ?"

Il les mena dans une salle circulaire aux murs couverts de symboles mouvants. Au centre, trois chaises étaient disposées autour d'une table basse sur laquelle étaient posés divers objets : cristaux, plumes, bougies, et une petite clepsydre qui ressemblait à celle de Maya mais en plus petit.

"Première leçon", commença Erasmus en s'asseyant face à eux. "Désapprendre."

"Désapprendre quoi ?" demanda Maya.

"Tout ce que vous croyez savoir sur la magie."

Il prit la petite clepsydre.

"Maya, d'après votre expérience, à quoi sert une clepsydre ?"

"À mesurer le temps. À le manipuler. À nourrir les entités..."

"Faux, faux, et faux."

Maya cligna des yeux, surprise.

"Une clepsydre ne mesure pas le temps. Elle mesure l'intention. Elle ne manipule pas le temps, elle révèle votre relation personnelle au temps. Et elle ne nourrit rien - elle agit comme un miroir de votre énergie intérieure."

Il retourna l'objet. Le sable qui se mit à couler était de différentes couleurs selon l'angle de vue.

"Tout ce que vous avez vécu avec votre clepsydre familiale était le résultat de vos émotions, de vos peurs, de vos espoirs. L'objet lui-même n'avait aucun pouvoir. Vous étiez le pouvoir."

Elias leva la main.

"Mais alors, pourquoi Morgane..."

"Morgane s'était convaincue que l'objet contenait son pouvoir. Pendant trois siècles, elle a projeté sa volonté dedans, créant effectivement une pseudo-entité. Mais cette entité n'était que le reflet de sa propre âme blessée."

Il se tourna vers Maya.

"Quand vous avez 'transformé' l'entité en Lumina, vous n'avez pas changé l'entité. Vous avez changé votre propre perception, et donc votre propre pouvoir."

Maya sentit le sol se dérober sous ses certitudes.

"Vous voulez dire que... tout était dans ma tête ?"

"Non. Tout était dans votre cœur. Nuance importante."

Erasmus se leva et commença à faire les cent pas.

"La magie n'est pas dans les objets, les formules, ou les rituels. Elle est dans l'intention pure, l'émotion authentique, la volonté focalisée. Les objets et rituels ne sont que des supports pour aider à concentrer cette intention."

"Alors pourquoi on a besoin de les apprendre ?"

"Pour la même raison qu'un musicien apprend le solfège. Pas parce que les notes sur la portée font de la musique par elles-mêmes, mais parce qu'elles l'aident à structurer sa créativité."

Il revint s'asseoir.

"Votre première vraie leçon sera donc de refaire tout ce que vous avez fait chez vous, mais sans aucun objet rituel. Juste avec votre intention pure."

"Comment ?"

"En apprenant à écouter votre cœur au lieu d'écouter vos peurs."

Il sourit mystérieusement.

"Et cela, mes chers élèves, va prendre bien plus que deux mois."

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

J’aime ça :

Plateforme de Gestion des Consentements par Real Cookie Banner