Jour 18 - 18 octobre - Quand le passé vient réclamer ses dettes.
La réunion familiale eut lieu dans le salon, comme pour une décision importante normale. Mais l'atmosphère était chargée d'une tension particulière.
Maya avait posé le dessin d'Elias au centre de la table. Le château en ruines semblait presque bouger dans la lumière vacillante des bougies que Moira avait allumées par habitude.
"Alors", commença Julien en se raclant la gorge. "Récapitulons. Une personne inconnue, probablement très puissante magiquement, nous invite à la rejoindre dans un château mystérieux pour nous former."
"C'est à peu près ça", confirma Maya.
"Et on n'a aucune idée de ses intentions réelles."
Elias leva la main comme à l'école.
"Moi j'ai d'autres dessins."
Il sortit trois feuilles de sous la table.
La première montrait Maya et lui-même dans une grande bibliothèque, entourés de livres qui flottaient dans les airs.
La deuxième les représentait face à des créatures étranges - pas menaçantes, mais définitivement non-humaines.
La troisième était plus troublante : elle les montrait adultes, debout devant leur maison natale, mais ils avaient des expressions sévères et des yeux qui brillaient d'une lumière froide.
"Qu'est-ce que ça veut dire ?" demanda Claire d'une voix tendue.
Elias haussa les épaules.
"Je sais pas. Mais je crois que la troisième image, c'est ce qui arrive si on y va pas."
Moira prit les dessins et les étudia attentivement.
"Cette architecture..." murmura-t-elle. "Je l'ai déjà vue quelque part."
Elle ferma les yeux, fouillant dans sa mémoire.
"Céleste ! Céleste m'avait parlé d'un endroit comme ça. Le Sanctuaire des Savoirs Perdus. Elle y était allée quand elle était jeune pour apprendre les rituels avancés."
"Et alors ?"
"Elle disait que c'était dirigé par quelqu'un qu'on appelait simplement 'le Bibliothécaire'. Très ancien, très sage, mais..."
Elle hésita.
"Mais quoi ?" insista Maya.
"Mais exigeant. Il ne formait que ceux qui avaient prouvé leur valeur par un grand sacrifice ou un acte héroïque."
"Comme briser une malédiction séculaire ?" suggéra Maya.
"Exactement."
Un silence pensif s'installa. Puis Claire prit la parole :
"Je ne veux pas vous voir partir. Vous venez à peine de vous retrouver normaux... enfin, relativement normaux."
"Maman", dit doucement Maya, "regarde le troisième dessin. Si on n'y va pas, on risque de devenir quelque chose qu'on ne veut pas être."
Julien étudiait la première image.
"Et si c'était un piège ? Si ce 'Bibliothécaire' voulait juste récupérer vos pouvoirs pour lui ?"
Elias secoua la tête avec assurance.
"Non. Il est triste, pas méchant. Il a perdu tous ses élèves. Il est tout seul depuis longtemps."
Il regarda sa famille avec ses grands yeux sérieux.
"Et puis, Lumina dit qu'on a besoin d'apprendre. Qu'avec nos pouvoirs comme ils sont maintenant, on va faire des bêtises sans le vouloir."
Maya sentit l'entité approuver silencieusement dans son esprit.
"Combien de temps ?" demanda-t-elle à son frère.
"Les dessins disent... un mois ? Peut-être deux. Pas plus."
"Et on pourra revenir quand on veut ?"
"Je crois. Mais il faut qu'on y aille ensemble. Lui, il peut rien nous apprendre si on n'est pas tous les deux."
Moira posa sa main sur celles des enfants.
"Si vous décidez d'y aller... je viens avec vous."
"Quoi ?" s'exclamèrent en chœur Claire et Julien.
"Je connais ce monde-là. Et ils auront besoin d'un guide. De quelqu'un qui peut faire le lien entre eux et leur famille."
Claire secoua la tête vigoureusement.
"Non. Pas toi aussi. Je ne peux pas vous perdre tous les trois."
"Tu ne nous perdras pas", assura Maya. "On reviendra. Plus forts, mieux formés, capables de vraiment vous protéger."
Julien soupira longuement.
"Et si on dit non ? Si on vous interdit d'y aller ?"
Maya et Elias échangèrent un regard. Ils savaient tous les deux que personne ne pouvait les forcer à rester. Leurs pouvoirs étaient déjà trop développés pour ça.
Mais Maya répondit avec douceur :
"Alors on restera. Parce que vous êtes notre famille et qu'on vous aime. Même si ça veut dire qu'on ne sera jamais vraiment capables de contrôler nos dons."
Cette réponse sembla rassurer leurs parents plus que toutes les promesses du monde.
Finalement, ce fut Claire qui trancha :
"Deux mois. Pas plus. Et vous nous donnez des nouvelles régulièrement."
"Comment ?"
Elias sourit et sortit un dernier dessin. Il se représentait en train d'écrire des lettres qui s'envolaient toutes seules.
"La magie, c'est pratique pour le courrier aussi."