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🕯️Chapitre 10 – Les ombres de minuit

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🕯️Chapitre 10 – Les ombres de minuit

5 octobre (soir) - Quand les secrets de famille remontent Ă  la surface.

La nuit était tombée sur la maison comme un couvercle. Épaisse. Silencieuse. Pas un bruit dehors, pas un souffle de vent. Maya avait vérifié. Deux fois.

Elle était allongée dans son lit, les yeux grands ouverts, fixant le plafond comme s’il allait s’ouvrir d’un instant à l’autre. Elias dormait dans la chambre d’à côté – du moins, elle l’espérait. Elle n’osait pas bouger pour aller vérifier. Elle avait peur de ce qu’elle pourrait ne pas entendre. Ou trop entendre.

Depuis son retour à la maison, la journée avait filé comme si elle n’existait pas vraiment. Son père n’avait pas prononcé un mot sur le sablier. Ni sur Moira. Même pas sur le dessin d’Elias. Et Claire avait fait comme si tout allait bien. Sauf qu’elle s’était mise à cuisiner trois gâteaux en même temps, et ça, c’était très mauvais signe.

Et puis il y avait ce moment. Ce rêve. Ce… non, cette chose.

Elle se redressa d’un coup. La gorge sèche. Le cœur battant à tout rompre.

Quelqu’un pleurait.

Elle tendit l’oreille.

Non… Pas des pleurs. Pas vraiment. C’était plus… un sanglot étouffé. À peine audible. Comme si quelqu’un pleurait sous l’eau. Ou derrière un mur.

Elle sortit doucement de son lit. Pieds nus. En pyjama. Elle ouvrit la porte. Le couloir était plongé dans l’obscurité. Mais elle connaissait la maison par cœur. Elle avança.

Les pleurs venaient du salon.

Et là, dans la lumière pâle de la lune qui filtrait à travers les rideaux, elle le vit.

Son père. Assis sur le canapé. Seul. La tête dans les mains.

— Papa ?

Il sursauta. Se redressa. Essuya ses yeux d’un geste trop brusque pour être naturel.

— Maya… qu’est-ce que tu fais debout ?

— J’ai entendu… enfin, j’ai cru… tu pleurais ?

Il soupira. Regarda un point imaginaire sur le mur.

— C’est rien. Juste un coup de fatigue.

Elle s’approcha. Lentement. Puis s’assit à côté de lui.

— Tu sais, j’ai vu des choses. Enfin… je crois. Des rêves, mais pas comme d’habitude. Et il y avait… une silhouette. Floue. Immense. Elle n’avait pas de visage.

Son père se raidit. Un frisson le traversa.

— Et tu pensais que c’était ta grand-mère ?

— Non. Enfin… au début, oui. Mais ce n’était pas elle. C’était… autre chose. Et puis, la porte. Le sablier. Tout ça, ça revient tout le temps. Même Elias dessine des trucs bizarres, tu l’as vu ?

Il hocha la tĂŞte, lentement.

— Je crois… que Moira avait raison. On a trop attendu.

Maya le fixa, les sourcils froncés.

— Attendu quoi ?

Il se leva. Fit quelques pas vers la fenêtre. Le ciel était noir, percé de quelques étoiles.

— Que les souvenirs s’effacent. Que les portes restent fermées. Que le passé reste… derrière. Mais parfois, Maya, ce n’est pas nous qui décidons. Parfois, c’est la maison.

Elle sentit un froid étrange lui glisser dans le dos.

— La maison ?

Il hocha à nouveau la tête. Et dans ses yeux, il y avait un mélange de tristesse et de peur. Une peur ancienne.

— Cette maison a été construite pour une raison. Et toutes les raisons ont un prix.

Silence.

Puis, une voix, faible mais claire, sortit de l’ombre du couloir.

— Et il est temps de se souvenir du nôtre.

Maya se retourna d’un bond.

Moira était là.

Debout.

Drapée d’un vieux châle gris, comme venue d’un autre temps.

— Grand-mère ?

Elle s’approcha, ses yeux brillant d’une lumière étrange.

— Le sablier ne fait pas que mesurer le temps, Maya. Il le plie. Le tord. Et parfois… il le réveille.

Elle leva la main.

Et dans sa paume, un éclat de lumière dorée tournait lentement sur lui-même.

Un grain de sable.

Mais un seul.

Et il battait comme un cœur.

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