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🕯️ CHAPITRE 6 — Ce qu’on enterre

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🕯️ CHAPITRE 6 — Ce qu’on enterre

Jour 4 – 4 octobre (matin) — Le passé n’est jamais aussi loin qu’on le croit.

Le lendemain, Maya se réveilla avec la sensation qu’un poids s’était glissé dans son ventre pendant la nuit. Un mélange de tension et de peur étouffée. Comme si la plume noire était encore là, posée sur son oreiller — alors qu’elle avait fini dans une boîte à bijoux, bien fermée, bien cachée.

La clepsydre trônait toujours sur l’étagère. Immobile. Sereine. Inexplicable.

En bas, l’odeur du café, des tartines grillées et du beurre chaud lui donna presque envie de sourire. Une matinée normale, presque. Son père sifflotait, sa mère parcourait des papiers de travail, Elias mangeait ses céréales en silence, le nez dans son bol.

Et Moira. Toujours là. Déjà habillée, assise à la table, une tasse de thé fumant entre les mains. Elle portait la même longue jupe noire et une blouse différente, mais tout aussi ancienne, couleur crème. Elle ne parlait pas. Elle regardait Maya.

Et Maya savait.

Elle savait que la vieille femme avait entendu la nuit. Peut-ĂŞtre pas les bruits. Mais autre chose. Ce que Maya ne comprenait pas encore.

— Tu viens avec moi ? demanda Moira après le petit-déjeuner.

Pas une question. Une évidence. Claire ne répondit pas. Elle détourna juste les yeux vers Julien, qui haussa une épaule sans rien dire.

Maya suivit sa grand-mère. Dans le silence. Jusqu’au fond du couloir, là où personne n’allait plus. Là où les papiers entassés et les meubles à moitié démontés formaient un labyrinthe de poussière et d’oubli.

Moira s’arrêta devant une vieille commode, déplaça un carton, puis un autre. Sous un tapis roulé, elle frappa trois fois du pied.

Le bruit résonna creux.

Elle se baissa, grattant la peinture du mur du fond.

Et Maya vit.

Une trappe. Bouchée. Peinte, camouflée, comme si elle n’avait jamais existé. Mais elle était là. Une forme rectangulaire, parfaitement visible maintenant que Moira l’avait révélée.

— Il y avait une pièce, ici. Avant. Fermée à cause… de ce qui s’y passait.

— Et pourquoi on l’a laissée là ? murmura Maya.

— Parce qu’on espérait que l’ombre ne reviendrait pas.

Moira sortit une vieille clé de sa poche — pas celle que Maya avait reçue. Une autre, plus simple, plus rouillée. Elle la glissa dans une serrure invisible et tourna.

Un clic profond. Puis un courant d’air.

Le mur sembla respirer.

Moira se redressa.

— Tu n’es pas prête à entrer. Pas encore. Mais tu devais savoir qu’elle existe.

Maya regarda la porte, les contours rudes, les traces de griffures presque effacées autour du cadre.

Elle comprit, sans qu’on le lui dise, que ce n’était pas un placard.

C’était une tombe.

Ou une cage.

Ou peut-ĂŞtre les deux.

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